Forum sur l'oeuvre de Francis Cabrel

Pour discuter de ses albums, de sa carrière d'artiste...


    LE MONDE

    Partagez
    avatar
    parenthèse
    Loin devant
    Loin devant

    Féminin
    Nombre de messages : 3495
    Age : 61
    Localisation : entre Rouen et la mer
    Date d'inscription : 13/03/2008

    LE MONDE

    Message par parenthèse le Jeu 3 Avr 2008 - 19:32

    Et encore un :

    http://www.lemonde.fr/culture/article/2008/04/03/francis-cabrel-plus-frontal_1030566_3246.html

    la photo en + cool


    Francis Cabrel, "plus frontal"
    LE MONDE | 03.04.08 | 16h23 • Mis à jour le 03.04.08 | 16h23


    AFP/BERTRAND GUAY

    Le chanteur français Francis Cabrel publie un nouvel album : "Des roses et des orties".

    Avant de repartir dans son village d'Astaffort (Lot-et-Garonne), Francis Cabrel est venu promouvoir, à Paris, la sortie de Des roses et des orties,
    nouvel album où les épines des chansons engagées dominent les parfums
    de tendresse. Tout en retenue, le chanteur aux 18 millions de disques
    vendus s'explique au Monde.

    Diriez-vous que Des roses et des orties est votre album le plus politique ?
    Onme le fait remarquer. Il n'a pas été enregistré dans ce but, mais tant
    qu'à chanter autant raconter des petites histoires. Celles-ci sont plus
    chargées d'observations de la société. Peut-être qu'en ce moment, mon
    oeil est plus vif, plus réactif.
    Dans la chanson Des gens formidables, vous dites : "On ferait des chansons éternelles/Et en quelques couplets/On ferait la terre plus belle/L'homme moins mauvais", et plus loin : "Mais on fait des petites chansons pour le commerce/Et on tremble de peur". Les chanteurs ne tiennent pas aujourd'hui le rôle qu'ils devraient tenir ?

    A la fin des années 1960, nous étions dans notre force adolescente, le
    monde s'ouvrait à nous. On se disait que le monde allait changer. Je
    pensais que ça serait en faisant des chansons. On s'aperçoit qu'on va
    d'une désillusion à l'autre, qu'on s'est glissé dans le moule, qu'on est moins généreux qu'on utilise assez peu le minuscule pouvoir qu'on a pour faire changer les choses.
    Votre amour de la musique allait de pair avec le sentiment de son pouvoir progressiste ?

    J'ai cru qu'elle pouvait changer le monde parce qu'elle avait bouleversé le mien à l'écoute de Dylan chantant Ballad of Hollis Brown ou Masters of War.
    J'aime la musique plus que tout, mais si en plus on peut raconter des
    histoires ayant un petit pouvoir d'améliorer le monde, c'est le rêve absolu. J'ai cru que c'était possible jusqu'à Saïd et Mohamed, en 1983. Je me suis dit : une chanson contre le racisme en pleine montée du Front national, ça va sûrement arrêter net l'élan du FN (rires). Or il a continué à monter. Ce fut une désillusion artistique et sociétale.
    A vos débuts, vous n'écriviez pas de chansons "politiques".

    Pendant quelques années, je n'ai écrit que des chansons d'amour. J'étais
    influencé par les ballades de Leonard Cohen. J'admirais Dylan, mais je
    ne me sentais pas capable, sur le plan littéraire, d'organiser ma
    pensée pour commenter des faits de société.
    Est-ce qu'ensuite le succès a éveillé chez vous une forme de culpabilité, vous poussant à utiliser votre position pour dire des choses plus importantes ?
    Il y avait de ça, mais le courage vient surtout après avoir eu l'impression de réussir une ou deux chansons. On se dit alors qu'on est capable d'exprimer certains trucs dans le bon ordre, avec la rime adéquate. Et je ne voulais pas que les gens ne me connaissent que pour mon côté romantique. Sur les premiers albums, ce côté fleur bleu donnait de moi une image incomplète. Pour que cela me ressemble plus, il fallait insuffler un peu de rock'n'roll, de blues,et un peu de mordant sur le plan du texte.
    Après la désillusion de Saïd et Mohamed, vous êtes-vous dit qu'il fallait écrire autrement sur ces sujets ?
    Non, il faut insister. Il y a des gens qui déclarent ouvertement leur
    xénophobie, moi je déclare le contraire. Cela fait partie des choses
    qu'il faut répéter inlassablement. Avant, j'avais tendance à enrober
    mes propos, aujourd'hui mon écriture est plus frontale.
    Y a-t-il des pièges à éviter quand on chante des idées ?
    Le piège, c'est être sûr de soi. Je n'ai pas de slogan, pas de solution.
    Je traite toujours les choses sur le plan de l'humanisme. Le manque de
    fraternité m'obsède depuis toujours. Il ne faut pas non plus perdre de
    vue que ce sont des chansons. Le propos musical primera toujours. Il
    faut avoir l'air léger, être hyper concis. Je répète toujours aux jeunes auteurs qu'il faut rentrer tout de suite dans le vif du sujet, que les deux premières lignes sont les poutres qui soutiennent la chanson.
    Vos chansons semblent toujours ancrées dans la réalité...

    Je ne suis pas doué pour l'abstrait, je n'ai aucune imagination. Donc je
    n'écris que sur les gens que j'aime et sur des choses auxquelles j'ai
    assisté ou que j'ai lues dans les journaux ou vues à la télé. Sur le
    coup, je prends quelques notes, quatre lignes, qui peuvent rester dans
    un tiroir plus d'un an avant de devenir une histoire. Tout ce qui est
    inhumain, distant, indifférent a tendance à m'abattre. Les murs dressés
    pour protéger les frontières américano-mexicaine ou israélienne, la
    façon dont on accueille chez nous les peuples africains, les quotas
    d'expulsion...
    La chanson Chêne-liège s'interroge avec scepticisme sur la religion. Comment réagissez-vous aux propos de Nicolas Sarkozy estimant que mieux vaut une société avec trop que pas assez de religion ?

    Je viens d'une famille très catholique, j'ai été marqué par cette éducation. Même dans ma période gauchiste, au début des années 1970, je suis resté attaché à ces valeurs de compassion. Mais je ne crois pas qu'un président doive tenir ce type de discours. La culture laïque française, notre tradition
    de libre arbitre me semblent plus importantes.
    Vous livrez aussi une histoire intime dans Mademoiselle l'aventure, consacrée à la mère de votre fille adoptive, d'origine vietnamienne. Ce type de chanson est-il plus difficile à écrire ?

    Je me suis longtemps demandé si je devais l'enregistrer, si je l'avais
    suffisamment bien formulée pour que la petite ne soit pas bouleversée
    dans quelques années. En même temps, c'est cette chanson qui m'a
    redonné l'énergie d'écrire, elle est le socle de l'album. La paternité
    sublime en moi le désir d'écrire, de jouer, de communiquer.
    Propos recueillis par Stéphane Davet


    Article paru dans l'édition du 04.04.08.

      La date/heure actuelle est Mar 25 Avr 2017 - 21:25