Forum sur l'oeuvre de Francis Cabrel

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 Cabrel et Akhenaton

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Nadine
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MessageSujet: Cabrel et Akhenaton   Mer 1 Fév 2012 - 1:19

En cherchant la réponse au 'truc" d'Alendami ; je suis tombée (sans me faire mal) sur cet article de " Libération" que je trouve intéressant alors je partage ....bonne lecture ....j'espère que je l'ai posté au bon endroit ;-)


http://www.liberation.fr/culture/0101278013-cabrel-et-akhenaton-hors-saison-autour-de-la-sortie-du-nouveau-cabrel-rencontre-entre-le-chanteur-et-le-rappeur-de-iam


Cabrel et Akhenaton, hors saison.
Autour de la sortie du nouveau Cabrel, rencontre entre le chanteur et le rappeur de IAM.

Par ARMANET FRANÇOIS



Marseille sous la pluie. La scène se passe entre ville et campagne, à Plan-de-Cuques, dans les environs de la cité phocéenne, capitale du rap français. Terrain neutre: la salle de banquet désaffectée de l'hôtel César, sans rapport avec le Caesar's Palace de Las Vegas. Voilà quatre ans, une complicité s'est créée: Akhenaton samplait dans sa Lettre aux hirondelles un morceau de Cabrel, Saïd et Mohamed. Les deux hommes se sont croisés, jamais rencontrés. C'est chose faite. Mêmes taille et silhouette mince. Veste noire et moustache d'Artagnan pour l'aîné; sweat-shirt Ralph Lauren et fine moustache Lee Van Cleef pour le petit frère. Midi sonne, le poids lourd du rock hexagonal serre la main du tombeur rap. A droite: Francis Cabrel né à Agen en 1953, enfance à Astaffort (Lot et Garonne), famille italienne originaire du Frioul. Neuf albums studio en vingt-deux ans (2 millions d'exemplaires vendus pour Sarbacane, 3 millions pour Samedi soir sur la terre).

A gauche: Philippe Fragione, alias Akhenaton, ou Chill, né à Marseille en 1968, famille italienne (Calabre et Naples); a grandi et vit à Plan-de-Cuques. Chanteur d'IAM, figure de référence du rap français, créateur du label Côté obscur (3ème oeil, La Fonky Family, Faf'La Rage"). Un album solo (Métèque et mat), la B.O. de Taxi, 3 albums d'IAM (l'Ecole du micro d'argent: 800 000 exemplaires vendus). Termine son premier film, Comme un aimant.

Sous des airs engourdis, le débit de Cabrel est rapide, à la mesure d'Akhenaton. Dialogue tranquille.

Les racines italiennes Akhenaton. (Grands-parents maternels arrivés dans les années 10, paternels vers la fin des années 30). Certains ont émigré dans les mêmes années aux Etats-Unis, en Argentine et en Australie. Naples était une ville pauvre. La famille qui vient de là est celle avec laquelle j'ai gardé le plus de contacts. J'y descends souvent. Je peux deviner pourquoi ils sont partis, c'est le quart monde, mais en même temps la qualité de vie est supérieure à ici. Quand ils partent en vacances, ils se déchirent même s'ils n'ont pas d'argent. Ils vivent à fond, sans notre côté «bas de laine».

Francis Cabrel. L'Italie du nord, j'y suis allé une ou deux fois avec mes parents. Au dessus de Venise. Le Frioul, c'est la photocopie du Lot et Garonne. J'ai compris pourquoi ils avaient atterri là: c'est exactement pareil. Partout dans la campagne, tu retrouves les mêmes routes, les petits villages, les champs, l'ondulation.

A. C'est bizarre: nos parents se sont expatriés dans des coins ressemblant à leur région d'origine, nous aussi finalement. Marseille est cousine de Naples. Quoique, Marseille ressemble davantage à la Sicile. La mythologie de l'Italie me touche en plein coeur. A la troisième génération, on vit toujours plus italien que français.

Le racisme F.C. Mon père qui travaillait à l'usine de biscuits est mort avant de me raconter tout ça. Maintenant, je comprends mieux le décalage et l'espèce de désespoir des immigrés. Dans les années 40, c'était aussi violent qu'aujourd'hui: ils se faisaient insulter, les Français se sont conduits comme des porcs face aux Italiens.

A. Etre dans ce pays et de culture différente, c'est bien. C'est pour cela que j'ai souvent dit que j'étais «contre l'intégration». Parce que l'intégration, c'est la désintégration de l'origine. On doit pouvoir vivre et accepter l'autre. Je suis italien converti à l'Islam; je vais vers les peuples qui m'intéressent" Pour les Italiens du Nord, on est considéré comme des Arabes, et nous on les considère comme des Allemands.

F.C. Il y a une différence énorme. Même en Espagne, entre les Basques et les Andalous. Et pour les Français, ce doit être la même chose. Il y a toujours des Nord et des Sud.

A. L'essentiel, c'est de vivre bien dans la différence. Qu'est-ce qu'on en a à foutre, honnêtement, qu'une petite ait le voile à l'école? C'est secondaire. L'école, c'est le moyen de s'évader, en rencontrant des gens laïcs on peut se former à des idées différentes. Si dans un milieu laïc ces enfants sont rejetés, ils vont avoir tendance à se rapprocher des parents.

Le foot. Champion du monde F.C. Pour les enfants c'est un exemple formidable. Je ne sais pas l'exact pouvoir de tout cela sur le temps. Parallèlement, il y a le FN qui se divise. Mais il ne faudrait pas se réjouir trop vite de ces petites lueurs. Tant mieux si ça se confirme. .

A. Moi, l'effet «Coupe du monde» m'horripile. Dans les quartiers, il y a beaucoup de talents gâchés par manque d'encadrement. Pourtant, le foot s'y développe et il y a des chances pour qu'on ait de plus en plus de grands joueurs. J'ai des amis très bons joueurs qui se sont retrouvés à nettoyer les rues de Marseille pour les touristes avant le Mondial. C'est l'effet «Kiss Cool»: il y a des Arabes officiels et des non-officiels. Zidane, c'est l'exception qui confirme la règle.

F.C. Zidane, ça n'est pas Zinedine mais «Zizou»: on s'arrange pour «franciser». Au sportif de se défendre et de revendiquer sa communauté. Les Français ont la fâcheuse habitude de s'approprier les vainqueurs.

Le pétard A. Si la France produisait du cannabis, il serait légalisé depuis longtemps, comme notre petit vin rouge. Je ne bois pas d'alcool, j'ai arrêté de fumer la cigarette: pour moi, ce sont des drogues. Le pétard, je me suis calmé, avant, c'était dix par jour.

F.C. Je pensais que le shit était plus ou moins admis, que c'était dépénalisé sinon dans les textes, dans les faits. Il me semble qu'on n'ose pas écrire cette loi noir sur blanc. C'est hypocrite. Quand je vois des types se pochetronner dans les bars, qui rentrent après chez eux pour taper sur leur nénette. C'est légal, ça? Les gens qui fument sont paisibles. Par contre, pour les drogues dures, il faut être très vigilant.

A. Pour éviter qu'il y ait trop de Tchernobyl (shit avec des cachets dedans, ndlr) en France. Si on légalisait, la qualité s'améliorerait.

F.C. (amusé). On est en face d'un spécialiste! A la campagne, c'est le gris à rouler, le tabac de Marmande. Classique.

Tous à la campagne F.C. Je suis né à la campagne. Pendant dix ans j'ai habité Paris. J'étais jeune, je n'avais pas d'enfant. Après, je n'ai pas voulu que mes gosses prennent le métro, les jardins publics exigus, la fumée des bagnoles. Alors je me suis dit allez hop! On rentre. Ça fait 13 ans que je suis dans mon bled. Je retrouve les manies de mon père et mon grand-père. Je redeviens le plouc heureux, en contact avec les vraies choses: la pluie, le beau temps, la terre, la boue. On sent l'organisme qui se calque sur tout ce qui se passe. A la campagne rien n'est plus haut que les arbres. Cela donne une notion d'équilibre. Le bruit, la trépidation ne correspondent pas à ma lenteur. J'ai hérité de ça. Chez moi, tout s'apaise.

A. Le bonheur est dans la simplicité. On perd des repères de biorythme à la ville. Le fait de voir les feuilles sortir, les saisons passer, est une bonne chose. Donc la ville, plus trop maintenant. L'endroit où je suis né est campagnard. Mais la ville n'est pas loin. Une chose m'a frappé: petit, je savais tous les noms d'animaux, d'insectes. Ma femme née à Paris, ne connaissait rien. Le rap urbain A. Oui, le rap est une musique urbaine. Ça n'empêche pas les personnes qui l'apprécient de retourner vers les vraies valeurs. Beaucoup qui sont dans le rap sont originaires de la terre, que ce soit d'Afrique, d'Italie ou d'Espagne" Ça change en France. Je rencontre de plus en plus de rappeurs qui veulent être tranquilles. Arrivé à un certain âge, tout le monde désire la même chose: famille, enfants, etc.

F.C. Le rock s'est embourgeoisé" Mais rien n'est mort. Le rap est trop jeune pour savoir ce qu'il fera de la rébellion et de l'adolescence.

A. Dans Independenza (dernier single d'IAM), on dit des choses adultes. Les générations qui nous écoutent attendent qu'on leur parle de sujets qui les concernent. Les petits de 16 ans ne sont pas plus radicaux, simplement nous, on a grandi et vécu différemment. Dans le fond, on reste intègres, ce sont les gens en face qui changent. Je ne suis pas l'abbé Pierre du rap. Pourquoi rester en bas au quartier, avec des armes pour faire plaisir aux deux ou trois intégristes du rap? Je me fous des intégristes en général. On a notre quota d'imbéciles dans notre musique aussi.

L'accent F.C. La franchise est le signe fort de Marseille. Dans le Sud-ouest, on parle moins. C'est la grosse différence.

A. L'accent, c'est une richesse. D'autant plus que les langues régionales ont été supprimées. Ici, dans certaines écoles (de commerce, de journalisme), on leur apprend à perdre l'accent. Si on fait ça à mes enfants, alors ce sera la guerre.

F. C. Ce qui me tue, c'est d'entendre dans des radios régionales ou sur France 3 des types avec l'accent parisien. A côté de ça, il y a des écoles où on parle occitan. L'accent permet de jouer avec les phrases, ouvre des rimes" Mais sur mon premier disque, on m'a fait chanter rôse à la place de rose. J'étais si content d'enregistrer que je m'y suis plié. Je le regrette.

L'engagement F.C. Il y a, chez IAM, de la noblesse et de la dignité ­ contrairement à certains, en rap, qui se fourvoient. Je ne suis pas comme Akhenaton. Je ne possède pas sa force de conviction. Je reste plutôt en retrait. Ça va au niveau du village, engagé pour trouver des solutions quotidiennes. Huit ans conseiller municipal. Je reste proche des décisions à prendre, sans illusions. Mais voter, c'est primordial.

A. Il y a un devoir. Maintenant, je vote. Tous les jeunes devraient le réaliser. Il n'y a pas d'autres moyens de se faire entendre dans le débat politique.

F. C. Les méchants votent. Pendant ce temps, les bons traînent la patte, vont pêcher. Mais bon, j'en ai marre des pêcheurs. C'est un raccourci.

A. Je me méfie des organisations. Je préfère aider directement, à ma façon.

F. C. L'artiste ne doit pas forcément s'engager. Mais c'est dangereux de ne donner que du rêve.

L'écriture F. C. Je pars du jeu de mot. Le sens est crucial. Mais il faut aussi que le mot rebondisse, que ça swingue. Et je remplis des cahiers; une couleur pour chaque album.

A. D'abord le sens, mais le style est important, c'est une alchimie. J'écris sur un cahier. Avant, j'utilisais des feuilles volantes. Ça me rendait fou. Le rap est rigoureux, on ne peut rien déplacer, sauf sur des passages de dictions plus libres. La quantité de paroles à retenir est énorme: dans un morceau de rap, il y a l'équivalent de quatre ou cinq chansons.

F. C. Sur scène, comment fais-tu?

A. J'efface de ma mémoire tous les morceaux de plus de six mois. Jamais de prompteur. Je suis incapable de chanter les chansons de l'album précédent.

F. C. Que pourrais tu reprendre en rap?

A. Tout dépend du nombre de pieds. Ne me quitte pas, de Brel: le débit est lent, j'aurais du mal. Certains morceaux de Jean Ferrat seraient plus adaptables. Et toi?

F. C. Independenza est infaisable en chanson. Débit trop serré, tempo trop rapide. Je pourrais reprendre Americano, plus proche du genre «chanson». Le ton, je ne suis pas sûr de l'avoir. La bonne note, je ne sais pas où elle est pour un rappeur. A mon âge, tu ne peux pas te mettre à taper dans un ballon comme un môme qui le fait régulièrement. Le rap, c'est pareil: à 12 ans j'écoutais Dylan, maintenant je suis indéformable.

A. L'écriture, c'est peut-être notre point commun, bien que nos univers respectifs soient éloignés. Tous les mecs dans mon quartier, ils écoutaient tes disques, et du reggae. Le hip hop est venu plus tard. Moi j'aime les trucs qui s'accrochent à la réalité. Cabrel, c'est proche de ce qu'on fait. A un moment donné, ça a influencé notre manière d'écrire. Ma mère écoutait en boucle les premiers Cabrel le dimanche. Pas franchement gais! C'était l'hiver, par exemple, nous faisait carrément déprimer!

F. C. J'ai quelques chansons pas rigolotes, hélas.

A. Les morceaux tristes sont les plus beaux.

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MessageSujet: Re: Cabrel et Akhenaton   Mer 1 Fév 2012 - 20:50

wow merci Nadine merci2
c'est un article très interessant. J'aime bien le mélange des deux genres !
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Nadine
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MessageSujet: Re: Cabrel et Akhenaton   Mer 1 Fév 2012 - 20:58

oui moi aussi ;-)


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MessageSujet: Re: Cabrel et Akhenaton   Jeu 2 Fév 2012 - 23:20

Il est parfois cité dans des chansons de rap.
Je crois que c'est un artiste qui parle pas mal aux gens qui font du rap sincère.
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Cynmatim
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MessageSujet: Re: Cabrel et Akhenaton   Ven 3 Fév 2012 - 13:19

Merci pour le partage, Nadine.
Lecture qui a retenu toute mon attention.
Oui à la diversité et aux mélanges des cultures.
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EVE
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MessageSujet: Re: Cabrel et Akhenaton   Dim 5 Fév 2012 - 21:40

bien c'est très intéressant ces deux échanges on voit deux personnalités qui se rejoignent qq part

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gawelle
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MessageSujet: Re: Cabrel et Akhenaton   Lun 6 Fév 2012 - 10:58

cool

merci2 Nadine.

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MessageSujet: Re: Cabrel et Akhenaton   Aujourd'hui à 3:23

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